Je viens d’une famille d’artistes & artisans. Une grand mère modiste, l’autre prix de Rome en gravure en 1929 et conceptrice de vitraux, et ma mère céramiste. Trois métiers entre lesquels il a fallu choisir car chacun d’eux m’attirait. J’ai finalement opté pour les chapeaux qui, à mon sens, rassemblent le rapport à la lumière, le travail de modelage et le rapport au corps social.

Aux Beaux-Arts de Paris, j’ai très vite parlé de cet espace de création que sont les chapeaux. Toni Grand, mon enseignant m’a alors proposé de travailler sur les chapeaux avec la même exigence et le même engagement artistique que pour la sculpture. Cet enseignement qui met du sens dans la construction est resté mien, et je garde dans mon travail une attitude artistique plutôt que mode.

A ma sortie des beaux arts, j’ai rencontré Paco Rabanne, qui ayant aussi eu un parcours aux Beaux-Arts de Paris, a été très sensible à mes structures de têtes en résine Polyester. Il a alors décidé de les montrer lors de son défilé en mars 1990 où il a eu le Dé d’Or.

Et puis j’ai fait le choix de la campagne, d’une famille qui aujourd’hui me rend fière, d’un rapport à l’artisanat plus marqué en incluant mon atelier dans un grand centre de création artisanale en Vallée du Loir LES MOULINS DE PAILLARD. Ce lieu proposait des ateliers ouverts au public pour une dizaine de métiers (céramique, verre-soufflé, menuiserie, forge, tissage, bougies, chapeaux…) et nous y avons créé un lieu d’art contemporain qui parlait de cette frontière entre artisanat et art. Des années passionnantes de rencontres, de générosité, de moments festifs dont toute la région me parle encore aujourd’hui.

Pendant 30 ans, j’ai développé ma marque qui portait mon nom: CELINE ROBERT CHAPEAUX. Je créais jusqu’à 350 modèles par an dans les “grandes années” et cette marque a été diffusée dans la plupart des grands magasins Parisiens dont 22 ans au Bon Marché. Mes chapeaux étaient également présents dans de très belles boutiques en Asie.

Parallèlement, j’ai dessiné pour beaucoup d’autres marques de chapeaux Françaises: J’ai commencé en travaillant pour la marque WERLE, puis j’ai créé des modèles de bérets en laine foulonnée pour Béatex qui portait la marque Laulhère, puis des casquettes pour MTM -Manufacture Textile Méridionale, puis une collection d’hiver pour Crambes… Les ateliers se ressemblent et j’ai beaucoup aimé aller à la rencontre d’autres lieux de production.

J’aime toujours autant créer des chapeau, aussi 5 ans après avoir perdu mon nom et ma marque lors d’une liquidation judiciaire liée a des problèmes économiques, je ne peux m’empêcher de reprendre mon métier pour vous proposer des chapeaux qui portent ce nouveau nom, mais finalement qu’ils portent un nom ou un autre, c’est toujours moi, Céline Robert qui en fait la création. Vous êtes nombreux.ses à me dire que ça se reconnaît et je vous en remercie.

Défilé Dé d’or de PACO RABANNE en mars 1990

“Les Romains disaient: la fortune n’a des cheveux que sur le devant, alors il faut faire vite!” c’est la phrase que m’a écrite ma grand-mère modiste quand je lui ai appris que moi aussi, je voulais faire des chapeaux! Bon, je n’ai pas fait fortune, mais je suis riche de beaucoup de très belles rencontres à travers mon métier de modiste.

Atelier de ma grand mère à Paris en 1952

Lettre de ma grand mère modiste lorsque je lui ai annoncé que je voulais créer des chapeaux

Boutique de ma grand mère en 1958

livre édité en 2009, pour les 20 ans de la marque CELINE ROBERT CHAPEAUX